Bon. Maintenant que le remaniement de ce blogue orienté vers les médias en arrive déjà à sa première saison, il est temps de faire un billet-bilan.
Jusqu’à présent, il est clair que j’ai un faible pour l’Amérique latine. Car après un large topo sur Castro et Cuba, l’Argentine plongée dans la tourmente économique et, aujourd’hui, la mention d’un documentaire portant sur le Chili de Pinochet; il ne fait aucun doute que trois pays en trois mois, ça commence à faire une tendance – comme on dit dans le merveilleux monde de Twitter.
(Ici, je prends quelques instants pour souligner le fait que je me suis aussi intéressé vivement au Pakistan, au printemps arabe et aux pays du maghreb, mais je préfère faire le bilan de cette autre tendance lourde ultérieurement pour des raisons de concision.)
De plus, autre fait notable sur le déploiement de ma résolution 2013, il est clair que je ne peux pas VOIR le reste du monde sans une perspective historique puisque presque chacun de mes segments sur l’activité internationale ne portait pas sur l’actualité brûlante du jour.
Face à ce constat, j’ai le choix de changer de cap ou de persévérer dans cette direction. La deuxième option m’intéresse davantage car je ne crois pas qu’on puisse lire l’actualité du reste du monde sans prendre de recul sur les différents pays sur lequel on décide de porter son attention lorsqu’on consulte les médias. Et ce, pour une simple et bonne raison: les médias de masse traditionnels ont encore très peu le réflexe de mettre les choses en perspective. Ne serait-ce que pour fournir une perspective historique. Je ne dis pas, bien sûr, que cela n’arrive jamais, mais il faut parfois patienter et faire preuve de débrouillardise pour trouver le bon reportage, la bonne chronique ou le bon documentaire qui pourra lier plus d’un point de repère à l’actualité courante. Et ce, afin de l’ancrer quelques secondes dans la continuité historique de la nation observée. Car à chaque nation correspond une narration spécifique.
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Cela dit, pour ce premier segment, j’ai décidé de suivre le conseil pigé au 98.5 FM et de m’intéresser au film du réalisateur Pablo Larrain, qui expose à sa manière comment le Chili a « dégagé » Pinochet lors d’un référendum.
ce qui se passe ailleurs dans le monde…
The medium is the message – 1977
- Marshall Mcluhan
NO | Film Trailer | Participant Media
Ce qui est intéressant, surtout, dans cette bande-annonce, c’est comment on va lutter contre la dictature, au Chili, en opposant au discours pro-Pinochet (plutôt pro-économie) une vision idyllique et enthousiaste de la démocratie et de la liberté. Autrement dit, de la joie de vivre démocratiquement.
Ainsi, plutôt que de se présenter sur le terrain de l’horreur – et dieu sait que le régime Pinochet en avait commis au Chili ! – ; les publicitaires pour le NON ont décidé de se pointer sur un terrain inattendu de l’adversaire. Par le fait même, d’occuper un créneau, un positionnement mental que le camp adverse croyait être impossible à prendre d’assaut lors d’une campagne d’affrontement médiatique: celui du bonheur. Un bonheur quasiment irréaliste, à la limite du caricatural mais qui résonnait encore plus profondément au coeur des Chiliens. Les Chiliens ne demandant que ça, inconsciemment: se faire parler de la vie politique autrement. Se faire dire que le choix envisagé n’en était pas vraiment un contre un homme et son régime, mais plutôt pour un style de vie et un mode de vie basé sur l’accomplissement familial, social et individuel.
Et cet enseignement pourrait nous être très utile ici, au Québec, afin de comprendre ce qui n’a pas fonctionné lors du premier référendum. Le plus important des deux, puisque celui-ci se rapproche le plus du niveau des intentions de vote en faveur de la souveraineté, aujourd’hui.
Car lors du référendum de 1980, au Québec, il ne s’agissait pas simplement de diaboliser le projet souverainiste ou de faire une « campagne de peur », comme on dit. Non, il fallait aussi faire du « renforcement positif » en ce qui a trait au fédéralisme. L’option mal-aimée, le parent pauvre du changement.
Et c’est pourquoi la publicité et l’intervention brillante de Pierre E. Trudeau lors de cette campagne est venu renverser la vapeur. Non seulement parce que Trudeau était un brillant orateur (Lévesque l’était tout autant), mais parce que la campagne de publicité et la promotion générale de l’option fédéraliste s’est avérée surprenante, subtile et convaincante.
En d’autres mots, le fédéralisme est devenu un acquis ferme et solide, un allié dans la vie de tous les jours. Présenté sous un jour positif et quasiment paradisiaque, comme on peut le VOIR, par exemple, dans cet autre documentaire – très connu au Québec – Le confort et l’indifférence de Denys Arcand, les arguments négatifs (tout aussi importants, mais beaucoup moins motivants à exposer en public) ce sont vus magnifier par la promesse d’un avenir plus radieux ET plus rassurant.
C’est pourquoi il faut à la fois doser la crainte et l’espoir en politique. Et aussi manier à merveille la duplicité. On parle encore aujourd’hui beaucoup du fameux « piège à homards » de Jacques Parizeau (parce qu’il a perdu en 1995), mais on parle très peu de ce renversement logique incongru que les stratèges de la campagne du NON avait mis en place en 1980. Un renversement de la logique qui faisait en sorte qu’un OUI était un NON et vice versa. Et, ici, en terme de « vice », nous fûmes servi. Comme nous allinos le VOIR lors de la ronde de négociations constitutionnelles préalable au rapatriement de 1982.
On peut également VOIR le film d’Arcand, à partir de 42 minutes 50 secondes, le fameux coup du coût de la vie avec les « Olympiques économiques », pour s’en convaincre, si ce n’est pas déjà évident ici. Ce coup-là était plus fin et plus ratoureux que le coup de la Brink’s. C’était un coup de génie puisque cela jumelait très bien un symbole de fierté (les jeux de 1976 ayant lieu à Montréal) à un phénomène angoissant (l’indice du coût de la vie), créant ainsi une dissonance cognitive parfaite chez le téléspectateur. Ce dernier, gelant comme un faon au milieu des phares d’un camion, se sauvait la vie en faisant un bon de côté à la dernière minute pour mieux apprécier sa fameuse « qualité de vie » hors du danger représenter par la route. L’autre voie. Celle sur laquelle le Québec ne devait pas s’engager puisque son avenir était si bien attachée au destin du Canada et de son fils prodige, à l’époque: Pierre Elliot Trudeau.
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N’importe qui peut faire irruption dans le bureau du P.D.G., par téléphone.
Au téléphone, seule vaut l’autorité du savoir. (…)
L’autorité du savoir est non linéaire, non visuelle et englobante.
Avant d’agir, la personne dont l’autorité est déléguée
doit toujours obtenir l’autorisation de ses supérieurs.
La situation électrique élimine ce genre de modèles ;
l’autorité englobante du savoir ne connaît pas
ce genre de contrôle et de vérifications.
page 298-299
ce qui se déroule au Canada…
Pour ce deuxième segment de billet, je vais m’assurer de continuer ce que je fais depuis le début de l’année, soit ancré durablement ici quelques observations sur les évènements qui me semblent majeurs sur la scène canadienne, de mon point de vue.
Cette semaine, comment ne pas rappeler ceci :
Le Bloc est-il «passé date»?
Débats: la fin du Bloc québécois? Votre point de vue
puis, enchaîner avec ceci :
Le Bloc québécois dénonce les compressions
Le Bloc va mieux et sera prêt pour affronter le NPD et le PLC.
Et puisqu’on y est, pourquoi ne pas aller un peu plus loin en se tapant une entrevue avec Daniel Paillé, chef du Bloc Québécois ?
Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas que Justin Trudeau qui peut sortir gagnant du retour en force du PLC, au détriment du NPD, soulevé par la vague orange lors des dernières élections fédérales.
D’ailleurs, il semblerait que Chantal Hébert, qui voyait dans le NPD une sorte de pont ou de passerelle entre les deux solitudes, au lendemain du dernier scrutin fédéral, ne juge pas trop mal le bilan de l’an 1 de Thomas Mulcair. Et elle a bien raison, puisque l’écroulement trop subit du NPD au Québec au détriment d’un Justin Trudeau qui ne ferait que charmer les Ontariens de 55 ans et plus, c’est le Bloc québécois qui pourrait reprendre forme après son écroulement.
Bien entendu, rien n’est joué, mais si le Bloc québécois a été assez malin pour mettre tous les partis fédéraux dans l’embarras au sujet de la loi sur la clarté alors que son chef ne siège même pas à la Chambre des communes, ça donne une bonne idée de ce qu’une bonne idée peut faire pour renverser le momentum sur la question nationale.
Enfin, il ne faut pas oublier que SI Justin Trudeau est l’avenir du PLC, et même du Canada, il traînera avec lui un héritage qu’il ne peut se contenter de renier en disant simplement que la Constitution n’était qu’une marotte paternelle qui n’intéresse personne à qui il parle en parcourant le pays. Un handicap que ne possède pas Thomas Mulcair. Quoique ce dernier a le défaut d’avoir une très grande faiblesse: celle de ne pas avoir la masse critique nécessaire pour imposer son parti dans chacune des provinces ou territoires au pays, pour l’instant.
Les jeux sont faits, donc. Et rien en va plus…
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« Le téléphone fonctionne encore. »
ce qui se dit d’intelligent sur les médias…
Finalement, pour ce billet, je me suis réservé le meilleur pour la fin: la radio et La Sphère.
Je ne sais pas si je l’ai déjà mentionné ici, dans ce blogue, auparavant, mais j’adore la radio et ce médium aura contribué davantage à mon éducation que toutes les années passées sur les bancs d’école.
Bref, je ne m’étendrai pas trop. Simplement pour dire que cette émission radiophonique est l’exemple parfait de ce que RADIO-Canada peut faire de mieux parce que seule cette société d’État peut avoir l’audace et prendre le risque de se lancer dans ce type de projet pertinent. Pertinent dans le sens de « changement social profond ». Pertinent dans le sens de détecteur de « tendances ». Pertinent dans le sens « innovateur »du terme.
D’ailleurs, parlant d’innovation, comment se fait-il que les génies de la CAQ ne mentionnent jamais cette émission dans leur délire de grandeur concernant le Projet Saint-Laurent, conçu pour recréer artificiellement les « conditions de vie »des entreprises de Silicon Valley.
Enfin, peu importe ce délire électoraliste. Ce qui compte, c’est le point de vue à la fois critique et technique sur l’organisation de la…
Grève 2.0 : les réseaux sociaux du printemps érable et l’organisation de contenu